Le soleil donne

On a tous dans nos cœurs un lieu consolant, une terre substantielle qu’on aspire à rejoindre pour reprendre haleine.

Notre espace de salut s’appelle Ramatuelle.

Septembre a notre préférence pour se tirer une petite bordée, lorsque, comme le chante si effrontément Bécaud, la plage abandonnée se remet du grand tumulte et retrouve peu à peu ses esprits.

Si rien ne m’apaise autant que le lent ressac des vagues de Pampelonne, rien ne me ressuscitera jamais davantage que des vacances avec ma fille.

De ses premiers pas sur le sable détrempé, de ses baignades euphoriques, de ses siestes olympiennes, de ses fous rire contagieux, de ses moues boudeuses, du bâti de châteaux éphémères, des trains couchettes et des vols de nuit, des feux de camp improvisés, de ses amourettes d’adolescente, j’ai gardé dans le tréfonds de ma mémoire des séquences intactes de chacun de nos estivages.

Je m’efforce toujours de savourer les préparatifs et de les imbriquer dans la jubilation du voyage. Cet été là, le préambule, par le retentissement de sa tendresse, me donnait un avant-goût de ces vacances si singulières.

Et le séjour s’avéra étincelant.

Je me levais chaque matin juste un peu avant le soleil, avant de quitter la paillote endormie, je m’assurais qu’Elle ne manque de rien.

Je poussais silencieusement la porte de sa chambre, pour l’entrevoir dormante dans une torpeur indolente et heureuse.

Alors seulement, je pouvais m’en aller contempler le ciel s’éclaircir mollement. En un rien de temps, l’aurore amarante pointait au dessus de la mer d’huile, je sirotais mon café tiède tout en formulant des vœux pieux, réfugiée dans des méditations délicieuses et fécondes, et me laissais aller à une délectable nonchalance.

Sur le coup des onze heures, je la voyais débarquer sur la plage, les vacances lui allaient à merveille, les mois qui se succédaient exaltait sa beauté et lui dessinaient un visage de madone à la Boticelli.

Entre deux bains de soleil elle trouvait de temps à autre la force de s’obliger à quelques longueurs de brasse coulée, j’observais attendrie chacun de ses mouvements et la regardais s’éloigner du rivage. Si un fou rire ou l’épuisement  l’entraînaient à faiblir, ton papa lui prêtait amoureusement l’épaule et ce chaperonnage  déjà si paternaliste, réprimait d’urgence, toutes mes craintes.

Par la suite, la faim nous faisait lever le camp pour rejoindre Papik et ses appétissants frichtis.  Auto-promulgué maître-queux et intendant depuis des lustres, il s’appliquait plus que jamais à  mijoter des mets alléchants.  Epanoui dans sa fonction nourricière, il  guettait notre retour, impatient de nous voir  prendre part à la  ferveur des agapes et de la voir, Elle, se régaler de sa cuisine. Nous traînions des heures à table, l’ombre des canisses donnait à son visage une lumière inouïe, ses mains caressant son ventre arrondi  me remplissaient de douceur.

Nos journées se consumaient de langueurs, nos soirées s’employaient à des promenades vespérales ou à de joyeuses retrouvailles, les heures s’égrenaient en un chapelet de petits délices raffinés et précieux.

Plusieurs fois, en desservant la table ou en grillant une cigarette à l’ombre des accacias, alors que chacun disparaissait pour sa nuit,  je tentais de m’expliquer nos concordances et nos contradictions.

Nos câlinages, nos coups d’encensoir, de même que nos accrochages ou nos colères mettaient en lumière l’essence même de notre vie de famille.

De mon recueillement, charmée par le bercement des arbres, je lâchais lentement prise et me glissais dans un demi-sommeil tranquille.

Par ricochet, sans doute, que de temps en temps une larme venait perler à mon regard perdu dans le vide, comme pour m’extraire de ma solitude et prolonger la force de mon voyage.

Ton avènement offrait à notre villégiature un supplément d’âme et nous faisait nous sentir prodigieusement vivants.

Alors dans le silence de la nuit, je demandais au ciel de faire traîner le temps et de sourire sans contrainte à l’insolence de mon bonheur.

 

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by Mamik

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6 comments on “Le soleil donne

  1. Ah l’amour des mots… merci pour ce joli voyage 😉

    « Ecrire est un acte d’amour, s’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture… »

  2. A te lire , J’ai également cette nostalgie de l’endroit, ou je m expatrie chaque année pour me ressourcer avec mes enfants ! j -33 ……

  3. @sandrine: Je suis heureuse si je parviens à te faire voyager… merci

    @ steph harchin: on s’en prendrait bien une petite goulée de sable de Pampelonne, hein? J-33? Mais, c’est demain ça!

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